Le créole n’est pas une langue

Tout d’abord, on ne doit pas parler du créole, mais des créoles car il existe des créoles à base lexicale française, des créoles à base lexicale portugaise, des créoles à base lexicale espagnole, des créoles à base lexicale anglaise, et bien d’autres encore. Nous verrons pourquoi. Mais avant cela, il nous faut intervenir sur la nature d’un créole. Comment naît un créole et pourquoi les créoles ont une place à part dans l’étude des langues ?

Plusieurs événements dans l’Histoire ont mené des peuples qui ne parlaient pas la même langue à communiquer. L’un de ces codes s’appelle communément pidgin. Un pidgin naît dans un contexte d’esclavage. Dans le cas européen, des colons ont fait venir des quatre coins de l’Afrique subsaharienne des petits groupes d’esclaves ne parlant pas la même langue pour leur éviter de communiquer entre eux mais par ailleurs, ils interdisaient de toute manière tout usage de leur langue maternelle. Ces individus déracinés se sont retrouvés parqués dans des ports puis dans des exploitations où ils ont été obligés de trouver un moyen de communiquer entre eux et avec les colons. Un code simplifié s’est développé : un pidgin. Puis ce pidgin est devenu langue maternelle car les esclaves l’ont transmis à leurs enfants. Mais devenant langue maternelle, il s’est complexifié. En effet, les enfants ne reproduisirent pas les suites de mots sans grammaire de leurs parents, ils y introduisirent spontanément une complexité grammaticale. Comme les esclaves ont été envoyés sur des îles différentes et en plusieurs endroits des îles et qu’ils n’avaient pas de contacts entre eux, plusieurs pidgins se sont créés qui ont donné naissance à différents créoles, c’est-à-dire à plusieurs langues dont le vocabulaire provient en majeure partie de la langue des colons. En effet, un créole a un lexique composé à 80% environ de la langue des colons, par exemple le français, et une structure grammaticale tout à fait originale.

Si je pense que les créoles ont une place à part dans l’étude des langues, c’est pour une raison tout à fait scientifique. Ils sont la preuve que le cerveau humain fonctionne de la même manière peu importe les circonstances, peu importe les différences culturelles quand il s’agit d’élaborer une langue. Je m’en réfère à une théorie dite de la grammaire générative. Elaborée dans les années 60 par le linguiste américain Noam Chomsly, cette théorie repose sur le postulat que même si la grammaire n’est pas la même pour toutes les langues, le processus par lequel certaines phrases sont perçues comme correctes ou incorrectes serait universel. Or, on remarque que les créoles ont de nombreuses similitudes morphologiques et syntaxiques. Pourtant, comme je le disais auparavant, les différents créoles ont été élaborés chacun de leur côté. Donc ces similitudes ne peuvent être que le fruit d’un universel cérébral dans le fonctionnement des langues. Comme le disait la linguistique Marina Yaguello : « Il est probable – les recherches contemporaines vont dans ce sens – qu’une même organisation régit, en profondeur, toutes les langues humaines. Si logique il y a c’est d’une logique spécifiquement linguistique qu’il s’agit, et on doit la rechercher au fondement du langage lui-même. »

Et donc pour conclure, je reprends encore ses mots : « A l’unicité fondamentale de la race humaine répond ainsi l’unicité fondamentale du langage humain. ».

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