Pierre Boulle

Pierre Boulle est né en 1912 à Avignon.
Ingénieur diplômé de l’Ecole supérieur d’électricité, il part vivre en Extrême-Orient puis en Indochine. En 1941, il s’engage dans les Forces françaises libres. Fait prisonnier, il s’évade en 1944 et regagne la France. Il est l’auteur du Pont de la rivière Kwaï (publié en 1951), du Jardin de Kanashima (1963), et de La Planète des singes (1963). Il meurt en 1994.
Je confie ce manuscrit à l’espace, non dans le dessein d’obtenir du secours, mais pour aider, peut-être, à conjurer l’épouvantable fléau qui menace la race humaine. Dieu ait pitié de nous… !
Résumé
Jinn et Phyllis sont deux singes passant « des vacances merveilleuses, dans l’espace, le plus loin possible des astres habités ». Alors qu’ils sont en train de se dorer la pilule « par les rayons de leurs trois soleils », ils croisent le chemin d’une bouteille en verre. Ni une ni deux, ils l’attrapent, la brisent et sous leur regard étonné, un « grand nombre de feuillets très minces, couverts d’une écriture fine » se déploient. Le récit leur semble abracadabrantesque : Ulysse Mérou, un humain, raconte son voyage de deux ans de la Terre vers Soror, où il rencontre des singes très évolués et des hommes qui ne communiquent que par cris et se déplacent nus. Ce récit nous permet d’en savoir plus sur ce qui a mené à l’extinction de l’humanité telle qu’on la connait. En effet, dans cet univers boullien humanité et bestialité ne font plus qu’un, et la simianité caractérise le « sommet de l’évolution ».
Du livre au film, du film au livre
Vous avez tous eu l’occasion de vous extasier en 2011 sur La Planète des singes : Les Origines puis en 2014 sur La Planète des singes : L’Affrontement et enfin en 2017 sur La Planète des singes : Suprématie.
Les plus passionnés auront été jeter un œil aux versions antérieures, à commencer par le film de Franklin J. Schaffner en 1967. Ces adaptations cinématographiques ne valent pas en qualité d’image les versions les plus récentes – bien entendu – mais elles présentent chacune leur lot d’originalité.
Enfin, pour les plus scrupuleux, vous vous serez appesanti sur le génie de Pierre Boulle. Génie parce qu’il aura su penser un monde dans lequel l’homme n’est plus le seul à pouvoir imposer sa volonté sur le reste du vivant.
Publié en 1963, La Planète des singes est un roman de science-fiction de moins de 200 pages. Il se lit d’une traite. Le style littéraire de l’auteur est simple, clair, sans fioriture. Il ne laisse pas place aux descriptions longues et inutiles. Dans La Planète des singes, chaque information compte.
La question de l’évolution est centrale. Sur Soror, la planète baptisée ainsi par Ulysse Mérou et sa clique, les humains régressent, les singes évoluent. Quel facteur intervient dans cette évolution? “le fait que nous soyons quadrumanes est un des facteurs les plus importants de notre évolution spirituelle”.
Un roman philosophique : notre rapport aux autres espèces
Le cerveau de l’homme, comme toute son anatomie, est celui qui se rapproche le plus du nôtre. C’est une chance que la nature ait mis à notre disposition un animal sur lequel nous pouvons étudier notre propre corps. L’homme nous sert à bien d’autres recherches, que tu connaîtras peu à peu…
Référence explicite aux expériences que les humains mènent sur les singes, elle a le mérite de repenser la place des singes sur terre : ils ne sont pas là pour les humains, ils sont là parce que l’évolution en a décidé ainsi. Et les utiliser comme de vulgaires machines relève de la cruauté.
Je me permettrai quand d’ajouter que la seule ressemblance entre l’homme et le singe n’est pas un bon prétexte pour condamner les expériences scientifiques cruelles que l’on mène en laboratoire. Toutes les espèces méritent d’être défendues, peu importe leur ressemblance ou non avec l’homme.
Dans ce récit, je devine un questionnement sur la place que nous nous accordons sur terre, et la nécessité de repenser notre supériorité. Contrairement à certains philosophes et sociologues qui aiment se pavaner sur les plateaux de télévision et sur les radios, je pense qu’il faut repenser la supériorité intellectuelle de l’homme. Celle-ci réside-t-elle dans le mépris du vivant et l’obéissance à nos instincts les plus vils? Ou bien dans la distance que l’on met entre nos actions et notre animalité?
En ce qui me concerne le choix est fait. Mon humanité, je préfère la mettre au service de la bienveillance que de la cruauté.
Le problème de l’anthropomorphisme
Je ne relèverais qu’un seul bémol, que l’on retrouve pourtant dans beaucoup d’œuvres littéraires de ce genre : la supériorité intellectuelle d’une espèce n’est envisagée que du point de vue du cerveau humain. Il est certes difficile d’imaginer qu’il y ait plusieurs formes d’intelligence – nous avons même du mal à imaginer qu’une personne accumulant les échecs scolaires puisse en être dotée – mais les auteurs de science-fiction devraient être capables de faire des propositions originales, de la même manière que Jules Vernes envisageait le futur de façon tout à fait inédite.
En bref
Une lecture propice au questionnement de la place de l’homme dans le monde et l’univers.
Un classique à mettre entre toutes les mains.