
Je présente dans ce billet deux histoires se déroulant dans la Corse du XIXème siècle. Premièrement, une courte nouvelle, classique de la littérature française, écrite par Prosper Mérimée et publiée en 1829 dans la Revue de Paris : Mateo Falcone. Ensuite un roman publiée en 2014 aux éditions Actes Sud : Orphelins de Dieu, par Marc Biancarelli. Ces deux romans ont deux points communs : la description des paysages corses, le meurtre. Mais un point les oppose : dans Mateo Falcone, le meurtre lave l’honneur ; dans Orphelins de Dieu, il sert la vengeance.
Mateo Falcone, Prosper Mérimée
ATTENTION : si vous n’avez pas lu la nouvelle, et que vous voudriez découvrir la fin par vous-mêmes, je vous invite à le faire avant de lire ce billet. J’y dévoile toute l’histoire (qui est très courte).
“Il n’y avait qu’un homme décidé à mourir qui eût osé prononcer le mot de traître en l’appliquant à Falcone.”
Dans cette nouvelle réaliste, Prosper Mérimée tâche d’illustrer la manière dont l’honneur coexiste avec le droit écrit dans la Corse du XIXème siècle. Il invente un personnage, Mateo Falcone.
Mateo Falcone a déjà tué (un rival amoureux): c’est un criminel face à la loi, mais c’était un meurtre justifié.
On le disait aussi bon ami que dangereux ennemi : d’ailleurs serviable et faisant l’aumône, il vivait en paix avec tout le monde dans le district de Porto-Vecchio.
Mateo Falcone est un homme respectable et respecté.
Un jour devant s’absenter avec son épouse, il laisse son unique fils, Fortunato, garder la propriété. Lorsqu’il revient, il découvre que Fortunato a trahi. Il a révélé la cachette d’un bandit venu se cacher chez lui à des soldats. Pour laver l’honneur de sa maison, il se voit forcé de supprimer son propre fils.

Orphelins de Dieu, Marc Biancarelli
Marc Biancarelli est poète, romancier, et professeur de langue corse dans un lycée.
« Et dans son pays l’Enfer était un nom d’homme, et cet homme, disait-on, pourvoyait à la résolution de bien des problèmes que les lointains tribunaux étrangers, et Dieu lui-même, ne semblaient pas considérer. »
La jeune Vénérande fait appel à l’Infernu, un tueur à gages pour venger son frère à qui 4 hommes ont coupé la langue avant de le défigurer.
Ce dernier accepte ce contrat en se disant que ce sera le dernier et qu’il se retirera dans un monastère pour finir ses vieux jours. Ils partent tous les deux à travers les montagnes corses ; l’un peut-être en quête d’une rédemption et l’autre pour assouvir sa soif de vengeance.
C’est un magnifique roman historique sur la Corse du XIXe siècle que l’on découvre à travers les récits que l’Infernu fait tout au long du périple. Les montagnes corses sont magnifiquement évoquées et amène une atmosphère particulière.
« le granit des crêtes est semblable à ce qu’il fut toujours, veillant tel un incube au corps lourd sur un cauchemar minéral… »