Certaines langues sont plus faciles que d’autres

« Telle langue est dure, telle autre est facile ». Voilà un préjugé bien ancré dans les sociétés. La question à laquelle je répondrai dans ce podcast est donc : existe-t-il des langues plus difficiles que d’autres ?

Je donnerai un premier élément de réponse illustré par l’anecdote de Marina Yaguello. Celle-ci, une linguiste qui étudie l’anglais, le français et le wolof raconte dans son Catalogue des idées reçues sur la langue qu’on lui a un jour fait la remarque suivante : « Ah vous faites du Wolof ? Ça doit être une langue assez simple, non ? » Voyons là selon ses propres mots l’équation raciste entre langue simple, langue « primitive » et langage enfantin. Elle rajoute d’ailleurs : « De la diversité naît le besoin de classer, de comparer, d’opposer et donc de hiérarchiser les langues comme on l’a toujours fait des races, des peuples ou des individus. » Et c’est vrai que beaucoup ont tendance à juger la difficulté d’une langue en considérant les locuteurs ou le niveau de diffusion de la langue. Avouez-le, combien de fois avez-vous entendu dire que l’anglais était facile parce que tout le monde le parle ? Alors que personne ne parle du danois qui a pourtant une syntaxe très similaire ? Ou encore, qui n’a jamais dit ou entendu que l’espagnol et l’italien sont très simples car proches du français. Ces jugements ne font absolument pas appel à des critères de morphologie, de phonologie ou de syntaxe. A partir de maintenant, c’est donc sur ces critères que je m’appuierai.    

D’un point de vue scientifique, une langue est, et je cite-là cite Ferdinand de Saussure « un produit de l’esprit collectif des groupes linguistiques ». Ces groupes linguistiques sont légion. On les divise généralement en plusieurs grands groupes. On trouve par exemple les langues bantoues dans la pointe de l’Afrique, les langues papoues et australiennes en Australie Nouvelle-Zélande et Papouasie Nouvelle-Guinée, les langues amérindiennes en Amérique du Nord et du Sud, les japonaises au Japon et puis d’autres groupes encore. Mais intéressons-nous au groupe des langues indo-européennes que l’on retrouve grosso modo de l’Europe de l’Ouest jusqu’à l’extrême est de la Russie et dans la majeure partie de l’inde.

Les langues indo-européennes sont celles que l’on connait le mieux puisqu’elles comprennent les langues romanes, les langues germaniques, les langues balto-slaves, les langues celtiques, ou encore helléniques (liste non exhaustive). Par langue romane, on entend toutes les langues descendant du latin vulgaire, donc vous l’avez compris, on entend par là : l’espagnol, l’italien, le roumain, le portugais. Mais aussi : le sarde, ou le dalmate dont le dernier locuteur s’est éteint en 1898. Ce que les langues indo-européennes ont en commun c’est une perte progressive de la flexion – quoique pas au même degré puisque beaucoup de langues romanes vivantes ont conservé beaucoup de traits de flexion. Ce que l’on entend par flexion ce sont notamment les déclinaisons des substantifs. Rosa, rosa, rosam, rose, rose rosa ! [extrait de Brel] mais aussi de la conjugaison telle qu’on la connait en français pour le futur par exemple : J’irai tu iras il ira nous irons vous irez ils iront. Cette perte de la flexion ne s’observe pas de la même manière au sein des groupes, vous vous en doutez. Encore une fois cette simplification apparente n’est pas observable au même degré selon les langues. En anglais par exemple, la flexion a presque disparu mais pas en Allemand ou en islandais qui est resté très proche du vieux norois, la langue des Vikings ! Et ce que l’on observe lors de la simplification de la flexion, c’est notamment une rigidification de la syntaxe. Ainsi, en anglais la syntaxe est très rigide et, n’ayons pas peur de le dire, assez contraignante pour qui s’y attelle. Comme je n’ai pas encore abordé la phonologie, je me permets maintenant de faire maintenant appel au chinois. Le chinois mandarin n’a aucune flexion, la syntaxe est très différente de la nôtre mais par ailleurs en chinois mandarin vous avez les fameux tons : quatre au total et un ton neutre. Donc évidemment, venant du français où l’on a une prosodie assez plate, cela peut se révéler un véritable défi d’apprendre le chinois. Vous aurez remarqué donc que les véritables difficultés se posant dans l’apprentissage d’une autre langue viennent de la distance, des différences entre sa propre langue et la langue que l’on cherche à apprendre.

Enfin, je citerai à titre de synthèse cette citation de Marina Yaguello : « Le fait même que tous les enfants du monde mettent sensiblement le même temps à acquérir la maîtrise de leur langue maternelle indique qu’un subtil équilibre s’instaure dans tout langue entre le simple et le complexe. »

Pour conclure, vous l’aurez compris. Ce qui est difficile dans une langue c’est la distance grammaticale entre les deux entités. Le japonais nous semble compliqué car il fonctionne d’une tout autre manière. L’espagnol nous semble simple car les structures grammaticales sont grosso modo les mêmes dans la plupart des cas, de plus la conjugaison fonctionne de la même manière, et comme le français, les déclinaisons ont disparu.

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