Herman Melville

La nouvelle étant tombée dans le domaine public aux Etats-Unis, vous pouvez la lire en version originale et en format pdf à l’adresse suivante :
http://moglen.law.columbia.edu/LCS/bartleby.pdf
Elle a été partagée par Eben Moglen, un professeur de droit et d’histoire du droit à l’université Colombia. Il ne fait aucun compromis sur la protection de sa vie privée, à l’heure où chacune des données personnelles de celui qui navigue sur internet et les réseaux sociaux est stockée, analysée, et utilisée pour vendre. C’est du point de vue de ce refus de concession que la nouvelle a été analysée maintes fois. Je reviens sur cette morale en fin de billet.
L’histoire
L’histoire est courte et accessible. Le narrateur, un notaire, a toute une équipe de scribe à sa disposition : Turkey, Nippers, Ginger Nut. Notaire à l’humour pince-sans-rire, il déclare de Nippers, après en avoir fait une description méticuleuse :
” In short, the truth of the matter was, Nippers knew not what he wanted”. – En bref, la vérité était que, Nippers ne savait pas ce qu’il voulait.
Un jour, débarque au bureau un nouvel employé : Bartleby.
“At first Bartleby did an extraordinary quantity of writing. As if long famishing for something to copy, he seemed to gorge himself on my documents. There was no pause for digestion. He ran day and night line, copying by sun-light and by candle-light. I should have been quite delighted with his application, had he been cheerfully industrious. But he wrote on silently, palely, mechanically.” – D’abord, Bartleby traita une incroyable quantité d’écrits. Comme si depuis longtemps affamé de quelque chose à copier, il semblait se repaître de mes documents. Il n’y avait aucune pause pour la digestion. Il travaillait jour et nuit, copiant à la lumière du soleil et à la lumière d’une bougie. J’aurais dû être ravi de son assiduité, s’il eût mis du cœur à l’ouvrage. Mais il copiait silencieusement, pâlement, mécaniquement.
Un jour, alors que le notaire lui demande de réaliser une tâche autre que copier, Bartleby répond :
“I would prefer not to. “– J’aimerais mieux pas.
De cet élément perturbateur, les péripéties se multiplient emmenant toujours plus le narrateur à s’arracher les cheveux.
Pourquoi un billet de cette nouvelle?
Ce qui m’a amené à lire cette nouvelle, c’est La Vie mode d’emploi, de Georges Perec dont vous trouverez le billet à l’adresse suivante :
Et en particulier, je pense au personnage de Bartlebooth, qui a été inspiré en partie par Bartleby! Et je vois en effet en ces deux personnages une caractéristique commune :
“his cadaverously gentlemanly nonchalance“
Bartleby, Herman Melville
Une caractéristique qu’un autre personnage cher à Perec partage également : Phileas Fogg, dans Le Tour du monde en quatre-vingt jours.
Il y avait du Philéas Fogg en Bartlebooth
La Vie mode d’emploi, Georges Perec
Quelles leçons peut-on tirer de cette nouvelle?
J’ai remarqué que les textes les plus courts sont souvent ceux qui recèlent d’un message fort. Je pense à des textes très courts comme les Fables d’Esope ou de La Fontaine, ou à des textes plus longs comme la Ferme des animaux, de George Orwell. L’auteur veut s’en tenir à son message, il le fait plus percutant. Et cette remarque vaut pour la nouvelle de Melville. J’en retiendrai personnellement deux enseignements :
1°) On ne doit pas faire de concession à qui que ce soit ou à quelque organisme que ce soit sur ce qui nous tient à cœur. Par exemple, pour le narrateur : l’empathie.
2°) L’habit ne fait pas le moine, comme dirait le dicton. Ou encore : Non omne quod nitet aurum est (Tout ce qui brille n’est pas d’or.).
“Ah happiness courts the light, so we deem the world is gay; but misery hides aloof, so we deem that misery there is none.” – Ah le bonheur courtise la lumière, donc nous estimons que le monde est beau ; mais la misère se tient à l’écart, donc nous estimons que de la misère il n’y en a pas.